lundi 7 mai 2012

Classe politique cherche renouveau désespérément. Candidats non sérieux s'abstenir.

7 mai 2012. Le réveil sonne, on regarde l’heure, 7h30. On se prend à espérer – comme tous les matins d’ailleurs – que 5 minutes de semi sommeil en plus seront salvatrices. 7h35, les notes aiguës du réveil nous tirent finalement des bras de Morphée. Un café, un toast, des grommellements en guise de paroles jusqu’à ce qu’une bonne douche achève de nous réveiller. Un pantalon, une chemise, et en route pour le boulot. Bref, un lundi matin comme les autres. Ce qui pensaient que le changement, c’était maintenant, commencent à se raviser.

Au terme d’une campagne à mon sens calamiteuse, c’est donc François Hollande qui l’a emporté sur Nicolas Sarkozy. Le lundi 7 mai, la France se réveille socialiste. La dernière fois, c’était il y a presque 20 ans… Pour être honnête, je me rappelais pas trop de ce que ça faisait. Je vais vous le dire : c’est bizarre en fait. Pendant cinq ans, j’ai enduré les pathétiques tribulations de notre président, qui n’en finissait pourtant plus de nous assurer qu’il avait changé et pris de la hauteur. Pendant 5 ans, j’ai patiemment attendu le jour de son éviction en courbant l’échine face aux coups de boutoir que subissaient les valeurs humanistes auxquelles je suis profondément attaché. Et hier, enfin, la délivrance, l’heure de dire au revoir. Celui qui avait hésité à se représenter au vu des sondages les plus déprimants a au final voulu croire en sa bonne étoile jusqu’au bout. Raté. Tant mieux. Voilà pour le verre à moitié plein.

Le 24e président de la République française se nomme François Hollande. Celui qui avait vu ses rêves d’Elysée kidnappés par un DSK médiatiquement omniprésent se retrouve aujourd’hui chef de l’Etat. Les Français ont plébiscité un homme sobre, « normal » pour les diriger. Un homme qui a fait son beurre sur les échecs et écarts de son prédécesseur. Un homme qui, malgré l’honnêteté qui l’anime très certainement, n’a finalement pas grand-chose d’autre à proposer que de faire l’exact contraire de ce qu’a fait Sarkozy. Voilà pour le verre à moitié vide. Enfin on va quand même attendre un peu avant d’enterrer vivant un président à peine élu, et le féliciter pour sa victoire. Cela ne m’empêchera cependant pas de dresser quelques constats sur le paysage politique du pays, à la lumière de ce qui s’est dit ces derniers mois.

On peut se réjouir des bons chiffres de l’abstention, mais comment ne pas tiquer quand on voit une Marine le Pen figurer en 3e position du premier tour... La faute à quoi, la faute à quoi ? On sait que les partis extrémistes ne se portent jamais mieux qu’en tant de crise. A cette remarque d’ordre général, Devedjian (que je n’apprécie que moyennement d’ailleurs) a ajouté une phrase qui mérite qu’on s’y intéresse : « l’extrême droite n’est jamais aussi forte que quand la droite est faible ». Dupont-Aignan s’est inscrit dans le même registre hier soir lors de la proclamation des résultats : « 5 défaites en 4 ans, il va être temps de changer de droite ». Il est vrai que dès son arrivée à la tête de l’Etat – et, pour être plus précis, alors même qu’il occupait les fonctions de ministre de l’intérieur – Sarkozy a voulu faire de la sécurité la priorité numéro 1 de l’action publique dans le pays. Après tout, le droit de vivre en sécurité est fondamental et ne saurait être ignoré. Soit. Les choses ont commencé à se gâter quand on y a accolé les termes « immigration » et « répression ». Discours de Grenoble, débat sur l’identité nationale, statut pénal des mineurs, stigmatisation de l’Islam en France, etc. Autant de paroles et d’actes de nature à attirer les électeurs du Front National et surtout à en légitimer les thèses. Quand, dans cette campagne, on nous dit que la priorité numéro 1 des Français c’est la viande halal, alors que le chômage est à un niveau alarmant et qu’on parlait encore d’explosion de la zone euro quelques semaines auparavant, il y a de quoi se poser des questions. En somme, Nicolas Sarkozy a voulu imprimer une vision très droitière à l’UMP, au plus grand bonheur des membres de la droite populaire, alors que la volonté initiale de l’UMP était de rassembler toutes les sensibilités de droite dans un grand mouvement. Des voix se sont élevées contre cette stratégie, parfois publiquement, souvent en off (cette pratique qui consiste à faire semblant de faire des confidences aux journalistes en croisant les doigts très forts pour qu’ils les reprennent dans leurs papiers). Alors que l’UMP avait jusqu'à maintenant réussi à transcender les courants de droite, il a fallu un quinquennat au président pour foutre une pagaille qui jusqu’alors était l’apanage du parti socialiste, au plus grand bonheur de ses opposants. S’il est trop tôt pour tirer un véritable bilan des années Sarkozy, il est assez juste de dire que le petit homme a mis en péril l’unité de son parti en s’enfermant dans une stratégie qui le déshonore. Il va falloir attendre les élections législatives pour se prononcer, mais les raisons d’espérer sont minces. « Raisons d’espérer », dis-je, moi qui me suis positionné en pourfendeur du parti au pouvoir ? C’est ce qui m’amène au second constat.

Aujourd’hui, absolument tous les échelons administratifs de la République sont à gauche : départements, régions, Sénat et Etat. Si les élections législatives devaient elles aussi consacrer une victoire socialiste, son hégémonie serait suprême. On serait dans une situation où un parti qui rassemble un peu plus d’un quart des votants au premier tour de l’élection présidentielle (élection qui, de par la diversité des candidats qui s’y présentent, reflète à mon sens pas trop mal les convictions des Français) dirige un pays tout entier. Est-ce que je suis le seul que ça dérange ? Une démocratie saine est une démocratie représentative : on n’y est pas. Alors on me dira qu’il fallait s’adapter aux règles du jeu et qu’il faut s’en prendre qu’à soi-même. Je répondrai qu’il y a un moment où il faudrait repenser les règles de jeu, édictées il y a plus d’un demi-siècle dans un contexte où la France se remettait de conflits violents qui menaçaient son unité. Aujourd’hui, quelle opposition face à un parti socialiste tout puissant ? En l’absence de partis forts, aucun débat ne pourra être sereinement conduit, au détriment du pays dans son ensemble. On en saura un peu plus sur l’avenir de l’UMP dans quelques jours…

Et le centre dans tout ça ? C’est l’objet de mon 3e constat. Alors qu’il remontait dans les sondages et avait atteint jusqu’à 14% d’intentions de vote, François Bayrou n’a pas su montrer aux Français que le costume de président n’était pas trop grand pour lui. Il n’a, à mon sens, pas su prendre le rythme d’une campagne qui s’est incroyablement accélérée (en même temps qu’elle est tombée dans la médiocrité) au moment où les cadors sont entrés en jeu, mais surtout au moment où Mélenchon s’est mis à occuper le maigre espace médiatique traditionnellement réservé aux candidats non PS ni UMP. Et pourtant, je persiste et signe en affirmant que le Béarnais avait la meilleure vision pour la France : renforcement de la démocratie, assainissement des finances publiques, accent mis sur l’éducation, cohésion sociale, véritable projet sociétal, etc. La consigne de vote de Bayrou au 2e tour a choqué certains : elle me paraît pourtant logique et se fait l’écho des valeurs qu’il n’a de cesse de prôner. Certes, le programme économique du socialiste est fragile, mais Bayrou a fait le choix de la responsabilité en désignant la candidat qui rassemble plutôt que celui qui a passé 5 ans à jeter l’opprobre sur les minorités. Cette consigne a créé une onde de choc : elle met fin à la croyance largement répandue selon laquelle le centre est une branche de la droite (l’UDF en est l’illustration), en prenant fait et cause pour la gauche. Tournant historique qui, je l’espère, sème les prémisses d’un centre véritablement indépendant, qui ne reçoit d’ordre de personne et joue pleinement son rôle de 3e force. Là encore, les législatives viendront confirmer ou infirmer ce que j’espère être une véritable émancipation. La clé de la réussite sera, je pense, une restructuration complète du fonctionnement du Mouvement Démocrate, très souvent critiqué pour son manque de transparence, son opacité, et la main mise de Bayrou à sa tête. Peut-être est-il temps de passer la main…

Le 4e constat relève plutôt d’une impression : tous les candidats ont raté un rendez-vous historique important qui aurait permis de redonner un coup de fouet à la construction d’une Europe forte. Alors que Sarkozy parlait de sortir de Schengen, Hollande souhaite lui rediscuter les accords européens obtenus après des négociations marathon. Surtout, le débat de l’entre deux tours a été l’occasion de réaliser à quel point nos politiques souffrent d’un complexe d’infériorité vis-à-vis de l’Allemagne, mais aussi et surtout affichent un mépris certains à l’égard de nos autres partenaires européens. A croire que l’Europe se résumé à l’Allemagne, le bon élève d’un côté, et l’Italie, l’Espagne et la Grèce, les canards boiteux de l’autre. Navrant… Plus que l’Europe, c’est l’absence de la politique étrangère dans les débats qui m’a frappé. Rien sur le place de la France dans le monde, sur les grands axes de coopération à entretenir, sur la réanimation de l’Union pour la Méditerranée, sur la réforme des institutions de Bretton Woods ou du Conseil de Sécurité des Nations Unies, sur les partenariats indispensables avec les économies émergentes, sur l’aide publique au développement, le multilatéralisme, etc. Si en temps de crise les questions d’ordre intérieur doivent faire l’objet d’un débat profond, faire l’impasse sur l’extérieur trahit un manque de vision pour le pays. D’autant que les deux thématiques se recoupent : la stabilité économique et financière du pays passe par le maintien de la zone euro et la réforme des systèmes monétaire et financier internationaux ; la réduction du chômage dans une économie mondialisée trouvera son salut dans l’augmentation de la compétitivité de nos entreprises ; l’approvisionnement en énergie dépend de nos relations avec les pays fournisseurs de matières premières ; la promotion des droits de l’Homme n’a de meilleure arène que les tribunes des organisations internationales ; etc.

En somme, ce fût une campagne bien pauvre, polarisée sur quelques sujets marquants car polémiques et vendeurs mais malheureusement pas clés pour la France. L'extrême droite est requinquée, la droite est déstructurée, la gauche monopolise l’exercice du pouvoir, le centre va vivre des moments décisifs pour son avenir, mais personne ne sait où va la France dans le monde…

Pour terminer ce billet pas vraiment optimiste, une pensée pour Ségolène Royal, qui passe deux fois à côté de l’Elysée…




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