dimanche 10 avril 2011

Parenthèse hexagonale

Les milliers de kilomètres qui me séparent de l’hexagone ne m’empêchent pas de garder un œil sur l’actualité française. La petite annonce de Borloo annonçant sa scission de l’UMP ainsi que celle du parti dont il est président, le parti radical, ne m’a donc pas échappé. Rama Yade a effectué la même annonce dans la foulée. Ensemble, nous disent-ils, ils souhaitent incarner l’aile centriste et humaniste de la majorité, ne se retrouvant plus dans les choix stratégiques du parti présidentiel, dont les radicaux sont pourtant co-fondateurs.

Comment peut-on interpréter la manœuvre ? Au mieux, il s’agit d’une pathétique tentative pour se racheter une âme abandonnée dans un navire qui tanguait bien trop à droite. Au pire, le mouvement relève d’une stratégie politique visant à rallier l’électorat centriste dans le giron d’un Nicolas Sarkozy que la perspective d’une défaite aux présidentielles de 2012 semble commencer à faire réfléchir.

Comme vous l’aurez compris, je suis plus que sceptique vis-à-vis de la démarche. Pire, je la trouve honteuse et malsaine. Ils ne se retrouvent pas dans les choix stratégiques de la majorité : mais le débat sur l’identité nationale, le discours de Grenoble, le jetage des Roms en pâture à la vindicte populaire ? Tous deux n’étaient-ils pas membres du gouvernement à cette époque ? L’un et l’autre ne s’asseyaient-ils pas avec Nicolas Sarkozy autour de la même table en conseil des ministres ? Que n’ont-ils pas démissionné à ce moment là, dans la dignité, fidèles à leurs idéaux ? Aveuglés par le carriérisme, ils se sont littéralement assis sur leurs principes – si tant est qu’ils aient été un jour mis mal à l’aise par la politique du gouvernement auquel ils appartenaient – et se sont accrochés à leur maroquin dans l’espoir d’une éventuelle promotion.

La vérité c’est que cette décision reflète les difficultés traversées par la majorité et à une échelle plus large le triste spectacle offert par une classe politique française à bout de souffle. J’ose espérer que les Français seront assez lucides pour déceler la supercherie. Des sommets d’impopularité auparavant jamais atteints par un président, une nouvelle déconvenue aux élections cantonales, quelques sondages aux méthodes douteuses plaçant Marine Le Pen en tête au premier tour des élections présidentielles. Il n’a suffi que de ça pour que, ni une ni deux, Borloo et Yade ayant senti le vent tourner décident de quitter un navire prenant l’eau de toute part plutôt que prendre le risque de sombrer. Une décision d’autant plus facile à prendre depuis que ceux qui jadis affichaient une grande complicité avec Sarkozy sont tombés en disgrâce auprès de ce qui nous sert de président. L’une a fait les frais de sa liberté de parole au moment de la visite de Kadhafi et surtout suite au discours de Dakar dans lequel l’intelligent Nicolas a fait preuve d’une grande diplomatie en déclarant rien de moins que « l’homme noir n’a pas réussi à entrer dans l’Histoire » ; l’autre a encore en travers de la gorge le refus de sa nomination au poste de Premier Ministre en novembre dernier. Pourquoi diable se tirer une balle dans le pied en continuant à soutenir un homme haï et qui vous a de surcroît écartés du pouvoir ? Pas besoin d’être Einstein pour comprendre que la combinaison de ces deux facteurs suffit à elle-seule à expliquer le revirement que Yade et Borloo viennent d’opérer.

Quant à l’éventualité qu’il s’agisse d’une stratégie politique pour ratisser large autour de Sarkozy en prévision des présidentielles de 2012, laissez-moi rire, ou pleurer, c’est selon. Le centriste que je suis a du mal à comprendre comment on peut prétendre incarner le centre tout en restant assujetti à la majorité présidentielle de droite. On peut se poser des questions sur l’adhésion des deux fuyards aux valeurs centristes. A l’heure où l’espace entre droite et gauche semble plus large que jamais, il semblerait que se réclamer du centre soit devenu un argument suffisant pour exister politiquement : Borloo et Yade ne feraient donc qu’emboiter le pas à Dominique de Villepin, dont la posture « centriste et humaniste » me fait doucement sourire. Quelle estime bien basse de la politique…

L’objectif véritable de ce tour de passe-passe ? Une tentative de se blanchir et de sauver ses fesses à l’heure où la majorité est en pleine dégringolade. Et le centre est aujourd’hui un parfait échappatoire dans cette optique. Le pire dans tout ça, c’est que ce genre d’agissement n’a rien de novateur et que les Français, fatigués par des années d’agissements politiques découplés de l’intérêt général, sont capables d’avaler ce qu’on leur sert sur un plateau sans trop réfléchir. Il va falloir se retrousser les manches pour 2012…

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