mardi 1 mars 2011

Parc National de l'Akagera

Les débuts de semaine, c’est pas marrant. Pour les uns, les soirées du week end ont laissé des marques ; pour les autres, l’idée d’entendre son réveil à 6h30 est traumatisante. Hier, j’ai aussi été atteint du syndrome du lundi matin, mais pas pour les mêmes raisons. 

Vendredi soir, 20h30. Je bouquine tranquillement dans le canapé, quand j’entends qu’on klaxonne à la porte du jardin : étrange, aucun de mes colocs n’a de voiture (ah oui, j’ai déménagé, j’aurais peut-être dû commencer par là…). La voiture – ou plutôt le pick up – est garée devant la maison par un inconnu. Gaël et Serge, les deux colocs en question, en sortent pour décharger toute sorte de matos : caisses, sacs et autres tentes. Et Serge de me dire : « demain, départ à 4h30 pour l’Akagera ! ». 

L’Akagera est un parc national situe dans l’Est du pays. Même s’il a perdu de sa superbe en termes d’animaux et a été amputé de plus de la moitié de sa superficie suite à la guerre du début des années 90, ça n’en reste pas moins un endroit magnifique, aux paysages variés et dont les efforts en vue de sa préservation ont permis à la faune de progressivement repeupler l’endroit. 

Le motif du voyage est professionnel : Gaël est biologiste et photographe, et travaille en ce moment à l’illustration d’un ouvrage sur les oiseaux du Rwanda. Il lui manque quelques clichés pour finaliser le bouquin et lancer son impression, d’où cette petite visite. Le départ est prévu entre 4h30 et 5h, et c’est Yannick, ami de Gaël, qui nous emmènera là-bas avec son tank Toyota. Pourquoi un départ si tôt ? La réponse tient en un mot : Umuganda. Il s’agit d’une session de travaux collectifs visant à nettoyer les routes des quartiers, passer un coup de peinture sur les trottoirs, bref, un devoir civique communautaire qui a lieu tous les derniers samedi du mois. L’umuganda commence à 7h et finit vers 12h, période pendant laquelle tous les habitants du quartier doivent se consacrer à la réalisation des taches. Il nous faut partir tôt pour éviter la corvée et arriver avant 7h pour pas se faire arrêter par la police. Ce qu’on risque dans ce cas ? « Pas grand-chose, si ce n’est qu’ils te demandent de couper le moteur, de descendre de ta voiture, et te foutent un balai dans les mains ! », me dit Gaël. Si au demeurant ce genre d’actions est louable, on a d’autres priorités ce jour là donc on passera outre. Sauf que finalement, le départ à 5h s’est transforme en départ à 12h, Yannick n’ayant pu se libérer avant : très bien, je vais pouvoir terminer ma nuit. 

Yannick se pointe sur les coups de midi, on charge la voiture et on embarque : cap à l’Est ! Ce qui est agréable, c’est que la route en soi est un spectacle. Je n’avais pas encore eu l’occasion de sortir de Kigali, et je n’attendrai pas aussi longtemps pour en ressortir tant les paysages et l’environnement sont plaisants. Sur les collines à perte de vue – c’est pas pour rien qu’on appelle le Rwanda « pays des mille collines » – foisonne une végétation luxuriante, coiffée par des bananiers aux grandes feuilles. Elément frappant lorsque l’on sillonne les routes du pays : où que l’on soit, on retrouve au bord de ces dernières des dizaines de personnes marchant on ne sait trop dans quelle direction. On notera l’utilisation qu’ils font du vélo : trop souvent, celui-ci est chargé d’une cargaison de bois de chauffe ou de bananes dont on se demande comment elle peut ne pas tomber à la renverse, et plus aucune place n’est disponible pour son pilote qui se contente alors de marcher à côté en le poussant. 

Première étape de notre circuit : nous devons trouver un étang où un petit barrage a été construit, auprès duquel vivent potentiellement certains oiseaux intéressants. Problème : aucun d’entre nous ne connaît son exacte localisation. On doit donc quitter la route goudronnée pour se mettre en quête dudit endroit. L’occasion d’entrer dans les vraies zones rurales du Rwanda. Là, des maisons de terre cuite branlantes et dont l’unique morceau de taule vient constituer un toit précaire ; à côté, on trouve un enclos de fortune pour y garder la vache aux longues cornes de la famille. Au milieu de ça, des dizaines de gamins accourant au bruit du moteur pour apercevoir l’engin qui s’aventure dans leur contrée, et qu’ils ne reverront pas de sitôt. On finit par trouver l’étang non sans difficultés, puis on se remet en route. Deux bonnes heures de route sont nécessaires pour arriver à destination depuis Kigali. On s’arrête en bordure du parc pour y remplir les formulaires d’accès et payer les droits d’entrée. L’autorisation qui atteste que Gaël est ici pour des raisons professionnelles nous permet de ne rien débourser et d’entrer gratuitement : que demander de mieux ! Notre équipée s’engage alors sur les pistes du parc et croise les premiers animaux : antilopes, babouins, impalas. 

Apres avoir un peu tourné et photographié les premiers oiseaux, nous nous dirigeons sur les rives d’un petit lac où nous allons passer la nuit. Le camping est normalement interdit dans le parc, mais en prenant ses précautions, on devrait pas avoir d’ennuis. Le cadre est splendide : les rives du lac sont tantôt dégagées, tantôt cernées de palmiers et d'arbres grandioses malheureusement pas encore fleuris. Des hippopotames barbotent dans l’eau, soit à même pas cent mètres de nous. On m’a toujours dit de rester à bonne distance de ces animaux, « extrêmement dangereux pour l’homme ». Il faut croire qu’en fait, il suffit de les laisser tranquillement vivre leur vie pour éviter les problèmes. Les tentes sont plantées, le feu est allumé, les chaises installées : on va pouvoir commencer à admirer le spectacle. Le soleil termine son périple quotidien et vient se terrer dans la colline qui nous fait face, inondant le lac et les environs d’une fabuleuse lumière ambrée. Les dernières lueurs du jour cèdent progressivement leur place à une nuit incroyablement étoilée qu’aucun nuage ne viendra voiler. Le paysage impose le silence, et difficile est sa description tant il est admirable. On est enveloppés par le champ incessant des criquets, grillons et sauterelles, qui en rajoute au sauvage de l’endroit. 

Une fois le repas avalé, on part sillonner les pistes à la recherche d’espèces nocturnes, sans trop de succès. Retour au camp pour passer une nuit que viendront perturber quelques hippopotames que l’on entend brouter aux alentours des tentes, et qui retourneront dans le lac à l’aube pour trouver dans l’eau la protection que leur mince peau ne leur assure pas contre les rayons du soleil. 

Un rapide petit déjeuner puis on remballe et on met cap vers un autre lac où sur son bateau nous attend Bryan, qui travaille pour la conservation du parc. Il va nous emmener – ou plutôt il va emmener Gaël, et nous avec – sur les rives des îles du plan d’eau, pour pouvoir photographier des oiseaux qui n’évoluent que dans ce coin là. La météo est tout autre que celle de la veille, et révèle les paysages sous un autre jour : à la clarté du ciel a succédé un voile nuageux qui projette une lumière blafarde sur les environs. Les collines qui s’étendaient hier à perte de vue apparaissent et disparaissent aujourd’hui au gré d'une brume épaisse qui achève de rendre l’atmosphère mystique. Pendant un peu moins de 2h, on se fraie un chemin entre les hippos, on croise quelques crocodiles et surtout on contemple un nombre incalculable d’oiseaux – et autant de noms d'espèces dont se souvenir relève du prodige. La balade se termine par la rencontre du fameux éléphant de l'Akagera, charmante bestiole amenée sur les rives du lac et élevée par l’armée. Véritable mascotte, cet éléphant croise le chemin des visiteurs du parc depuis une quarantaine d’années, et les anecdotes à son sujet sont légion. 

La balade terminée, nous remontons en voiture pour rejoindre la partie Nord de l’Akagera, quand il commence à pleuvoir sévèrement. Conséquence : les animaux sont plus difficiles à apercevoir, et surtout, les pistes deviennent un peu moins faciles, avec des risques d’enlisement. Heureusement, et comme c’est souvent le cas ici, la pluie ne dure pas longtemps et le soleil reprend vite ses droits. Les premiers kilomètres qui relient le sud au nord ne sont pas exceptionnels : la végétation est un peu plus haute que la voiture et nous empêche de voir quoique ce soit sur les côtés. Le paysage doit cela dit être fantastique quand tous ces arbustes sont en fleurs, fin mars-début avril. Les alentours finissent par se dégager au fil des kilomètres, et le parc se laisse de nouveau découvrir. Au loin, les collines sont recouvertes d’une herbe vert clair et de tâches plus foncées dont on distingue à leur forme qu’il s’agit de grands arbres. La piste a pris de la hauteur, et l’on peut contempler les lacs aux silhouettes irrégulières en contrebas. Plus on avance, plus les plaines verdoyantes se font grandes, jusqu'à s’étendre à l’infini. C’est ici qu’on y croise la faune la plus variée : des antilopes de toute sorte broutent l’herbe en solitaire ; ça et là, des phacochères se promènent nonchalamment ; un troupeau de buffles, reconnaissable de loin aux multiples oiseaux qui les entourent, attend que le temps passe ; au fond là-bas, ce sont les zèbres qui paissent par petits groupes ; en cherchant bien, on aperçoit quelques girafes dont on a l'impression qu'elles cherchent leur nourriture toujours plus haut. Un spectacle magnifique tant par les animaux rencontrés que par le cadre paradisiaque dans lequel ils évoluent. Certes, on ne trouve ni lions, ni guépards, ni même rhinocéros ; mais l’énorme avantage de l’Akagera réside dans la petite taille du parc, à l’image du pays. La variété des espaces et des paysages est telle que l’on peut passer d’un environnement à un autre en l’espace d’une colline seulement. Tant de richesses concentrées sur un si petit territoire font de cet endroit un lieu unique qu’il me tarde de sillonner de nouveau. 

Sur le chemin du retour, quelques kilomètres après avoir quitté le parc, on fait un petit détour par un autre étang où Gaël espère voir quelques espèces qui lui manquent. On est toujours dans un endroit particulièrement reculé où la vision d’un blanc (et en l’occurrence de deux blancs puisque Yannick n’est pas rwandais, bien que né ici et y ayant passé la plus grande partie de sa vie) relève de l’événement, et les enfants s’empressent de nous courir après. Je suis resté auprès de la voiture pendant que les 3 autres s’approchaient de l’étang et j’ai pu être dévisagé par des dizaines de pairs d’yeux interloqués voire subjugués par la présence d’un muzungu chez eux. Scène plutôt cocasse et amusante qui s’est terminée par la distribution de bouteilles en plastique, bien précieux dont les enfants vont pouvoir retirer quelques sous. 

La route pour le retour à Kigali n’est pas tout à fait la même qu’à l’aller ; et à route différente, paysages différents. Les collines sont toujours là, mais la végétation luxuriante et désordonnée de l’aller a laissé place à des cultures en terrasse à flanc de collines et des parcelles de plantation de bananes, paysage tout aussi agréable à contempler. Le tout sous la lumière rougeoyante du coucher de soleil… 

Je suis en train de récupérer quelques photos prises par Gaël pour illustrer mon propos. Vous comprendrez en les voyant pourquoi le retour au boulot le lundi matin n’a pas été particulièrement enthousiasmant…

2 commentaires:

  1. Tu fais des envieux... du moins, Un.
    La bise du Plat-Pays.

    Ps: J'ai fais partagé ton blog avec mes collègues Africains; toujours intéressant d'avoir une vision Occidentale sur leur milieu de vie (même si j'pense que le Rwanda doit tout de même être différent des pays d'Afrique de l'Ouest).

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  2. Eh ben mon salaud...

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