vendredi 4 mars 2011

Cocorico !

Malgré le spectacle affligeant de notre diplomatie ces derniers temps, il faut savoir reconnaitre les initiatives de qualité, et à ce titre il y a bien une chose dont on peut être fier : la présence culturelle de la France à l’étranger. Dans toutes les villes où il m’a été donné de vivre jusqu’à présent ou du moins de passer quelques mois (Bergen en Norvège, Cochabamba en Bolivie, et ici à Kigali au Rwanda), j’ai pu constater qu’une alliance française ou qu’un centre culturel/institut français s’y faisait l’ambassadeur de la culture, et pas exclusivement hexagonale. D’ailleurs une des premières choses que j’ai faites ici a été de m’enquérir des activités proposées par le centre d’échanges culturels franco-rwandais. 

Manque de pot, ces activités sont aujourd’hui réduites à leur strict minimum, du fait des relations diplomatiques pour le moins chaotiques entre les deux pays. Petit rappel : fin 2006, le juge anti-terroriste français Jean-Louis Bruguière lance des mandats d'arrêts contre des proches du président Kagame, dans le cadre de son enquête sur l'attentat qui avait couté la vie au président rwandais de l'époque, Juvenal Habyarimana, et avait marqué le début du génocide. Furieux, Kagame décide en représailles de rompre ses relations diplomatiques avec la France. Depuis l'élection de Sarkozy, des trésors d'efforts ont été déployés pour tenter de renouer des contacts entre les deux pays, les relations ont été rétablies et les mandats d'arrêt levés. L'impact de cette saga sur l'activité du centre culturel ? Avant 2006, il proposait conférences, concerts en live, cours de français, et avait même un bar. Maintenant, seuls ont été maintenus les cours de français et l’organisation d’un café philosophique une fois par mois. La session de ce mois-ci a eu lieu hier soir, et avait pour thème « les droits de l’Homme sont-ils universels ? », question à la mode ces derniers temps. 

Le débat fut animé par un professeur de philosophie français, qui finalise sa thèse ici, et un professeur de philosophie rwandais de l’université de Butare, ville étudiante du sud du pays. Je m’attendais à me retrouver dans un repaire d’expatriés nostalgiques de la vie culturelle parisienne : je me suis bien gouré puisque l’assemblée était composée à une large majorité de Rwandais, dont beaucoup d’étudiants. Sur le fond, le débat a ratissé large en associant l’excellent au très médiocre, mais là n’est pas l’essentiel. Le fait de proposer un espace de dialogue sans aucune restriction, dans lequel chacun vient dans sa condition d’étudiant, de juriste, de chômeur, est une démarche importante dans la construction d’un espace culturel public au Rwanda. Car il faut bien l’avouer, cet espace aujourd’hui fait cruellement défaut. En témoigne le projet d’une grande bibliothèque lancé il y a plus de 10 ans, longtemps resté dans les cartons avant que la construction ne débute finalement au début des années 2000, et qui peine à être finalisé pour des histoires de financement. 

Cette promotion de la culture sous toutes ses formes a constitué une des lignes conductrices de la diplomatie française à travers le monde ; j’ose espérer que le gouvernement actuel et celui à venir ne cèderont pas à une vision strictement comptable de la diplomatie et que ces instituts culturels ne feront pas (trop) les frais de restrictions budgétaires. Pour une fois qu’on peut être fier de notre politique étrangère en Afrique, ça serait dommage d’y mettre fin…

2 commentaires:

  1. question : mis à part la francophonie et l'apport culturel officiel de la France, existe t'il d'autres instituts culturels étrangers ?

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  2. Réponse : pas à ma connaissance. Du moins pas un centre qui soit ouvert au public (je crois savoir que l’ambassade US abrite une bibliothèque ou un centre documentaire, mais l’accès est réserve aux ressortissants américains). Je souhaitais surtout souligner la promotion de la culture comme un des traits de l’action étrangère de la France. Etant le premier à gueuler sur nos gouvernants, faut bien savoir reconnaître les pratiques intelligentes quand elles existent, sans quoi je perds toute crédibilité…

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