lundi 21 février 2011

Insécurité ?

Plus les jours passent, et plus je me rends compte du gouffre qui existe entre la représentation qu'on peut se faire d'un pays comme le Rwanda, et ce qu'il en est vraiment. C'est vrai quoi, dans l'imaginaire européen, quand on pense Afrique, les mots qui viennent spontanément à l'esprit du pékin moyen sont plus "archaïsme", "anarchie", "désordre" que "organisation", "prospérité", "sécurité". On peut en vouloir à personne d'avoir ce reflexe là, tant tout ce qui nous permet de nous faire une idée du continent participe de cette représentation : images de guerre largement relayées, spots valorisant l'action d'ONG dans des contrées où la pauvreté de la population ferait passer un SDF Français pour un sale bourgeois, fraudes électorales massives, etc. Bref, toutes ces images là nous ont mis en tête que l'Afrique, c'est dangereux. Et puis alors si en plus on choisit un pays comme le Rwanda qui se remet tout juste d'un génocide, on voit difficilement comment la situation pourrait ne pas être pire que celle qu'on imagine. D'ailleurs, quand on tape "Rwanda" sur Google, la première recherche suggérée est "Rwanda génocide". Forcement, ça aide pas. Je vois mal comment ne pas imaginer que règne sur le continent une insécurité à faire passer nos rebelles des cités pour des bisounours.

Et bien mes amis, laissez moi vous dire une chose : je ne me suis jamais senti autant en sécurité qu'ici. Je vous garantis que mon propos est bien loin d'être exagérée, il est l'exact reflet de la réalité. Et croyez-moi, j'ai vécu 1 an en Norvège, incarnation de la sécurité s'il en fallait une, je sais de quoi je parle. Quoique certaines expériences m'ont prouvée que même en Norvège il fallait se méfier (mais c'est une autre histoire…).

Alors je me doute que vous allez me demander des exemples de ce que j'avance. Aucun problème. Il y a deux semaines, j'ai été invité par un type que je connaissais a peine à l'anniversaire d'une de ses colocs. Très bien, j'honore son invitation et me rends à cette petite fête, qui rassemble a peu prés l'essentiel du personnel de la coopération allemande, l'occasion de faire montre de mon excellente maîtrise de la langue de Goethe en casant à tout bout de champ ce qui constitue à peu prés la totalité de mon vocabulaire : "Ich bin fur die deutsche-franzosischen freundschaft", comprendre "je suis pour l'amitié franco-allemande". Je recommande, ca fait mouche à chaque fois. Passons. La soirée continue et l'heure tourne à mesure que les bières se vident - l'allemand aime le houblon rwandais, pourtant pas fameux, qui après l’avoir gouté vous ferait passer une Jupi pour une Karme - puis me voilà sur le chemin du retour aux alentours de 2-3h du matin. Je marche à la recherche d'une moto-taxi qui se fera attendre un moment, tellement longtemps que je me retrouve dans un quartier pas des plus riche, sur un petit chemin de terre, entouré d'échoppes plus ou moins ouvertes et qui servent encore à boire aux quelques éclopés du coin qui en font la demande. A priori, pas le Club Med. Les gens me dévisagent mais pas avec le regard "cool, on va pouvoir le dépouiller", plutôt celui qui dit "qu'est-ce qu'il fout là ?". Je poursuis ma route en saluant les quelques personnes qui adressent la parole à ce "muzungu" (appellation que les locaux donnent aux blancs) perdu au milieu de nulle part. On m'offre même de me ramener chez moi à une ou deux reprises ! Mais ceci n'est qu'un exemple, et qui sait, j'aurais pu me faire trucider une heure plus tard.

Oui mais non, pour m'assurer de cette sécurité ambiante, j'ai remis ça vendredi dernier après une soirée dans un bar/boite de mon quartier. Même configuration, je traverse un pâté de maisons loin de respirer l'argent, des ruelles en terre non éclairées, au milieu de quelques noctambules obstinés. La même scène se reproduit, on me salue, me demande où je vais et si j'ai besoin d'aide. Une fois, ca peut relever du hasard. Deux fois, ça commence à être révélateur.
Dernier élément pour aller plus loin dans la justification de mon propos : personne ne m'a encore fait part d'une quelconque agression, d'un vol, d'une bousculade, rien de tout ca. Ça tranche avec la situation des pays voisins que sont Burundi, RDC et Ouganda notamment. 

Alors quoi, est-ce que j'ai eu beaucoup de chance ? Est-ce que mes efforts d'une quête d'insécurité seront récompensés et je vais finir découpé en morceaux et jeté comme nourriture aux gorilles du pays ? J'en serais plutôt étonne. La sécurité, et au-delà de ça la cohésion sociale et le vivre ensemble ont fait partie des priorités numéro 1 du gouvernement depuis quelques années. Le rôle de la police comme institution garante du respect de l'ordre a été intériorisé par chacun, et tout le monde a conscience du besoin de respecter les règles édictées après 1994 pour aller de l'avant. De fait, la vue de l'uniforme fait peur car on sait que le policier qui le porte se montrera intraitable, mais rassure car sa présence signifie l'absence de danger. Ce qui fait que même en l’absence d’un représentant de l’ordre, on ne va pas se risquer à des actes répréhensibles et nuisibles à la société. L'un de mes colocs m'a même appris qu'on pouvait trouver les numéros des chefs de la police locale sur internet, histoire de l'avoir toujours sur soi en cas de problème. 

Alors bien sûr, ces garanties ne doivent pas faire oublier que prévention est mère de sûreté et que jouer au con sous prétexte d'une sécurité acquise peut causer bien des désagréments. Mais ce sentiment tranche tellement avec la perception qu'on peut avoir (et moi le premier avant de poser les pieds ici) que je trouve nécessaire de le relater. Indubitablement, je suis plus serein en rentrant de soirée ici qu'en remontant la rue de Béthune à 4h du matin a Lille !

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