lundi 31 janvier 2011

The constant gardener

En attendant d'avoir trouvé un nouveau chez moi rempli de colocs débordant d'énergie et d'idées pour des soirées animées et fortes en émotion, je consacre pour le moment mes fins de journée à des lectures, des films, ou des discussions sur tout et n'importe quoi avec qui passe par là et se sent de papoter avec le petit blanc. Hier soir, on s'est donc fait un petit tête à tête mon ordi et moi, il avait un film à me montrer : the Constant Gardener. Ce film m'a été conseillé par mon cousin Eric, au cours d'une de mes visites chez lui pour me faire mes vaccins histoire de rentrer en vie en août prochain, et accessoirement en bonne santé. The Constant Gardener est sorti en France en 2005, réalisé par Fernando Meirelles (par ailleurs réalisateur de l'excellent La Cité de Dieu, que je vous conseille vivement pour une détonante immersion dans les favelas brésiliennes). C'est en fait l'adaptation d'un roman de John le Carré, écrivain britannique et agent de sa Majesté au sein du MI6 à ses heures perdues (fonction qu'il n'exerce plus aujourd'hui).


De quoi qu'il cause, ce film ? Très rapidement : Tessa Quayle, femme du diplomate Justin Quayle, est retrouvée assassinée au bord d'un lac en Afrique. Son mari, la soupçonnant d'avoir eu une relation avec le médecin africain de l'ONG "Médecins de la Terre" qui l'accompagnait et qui a disparu, cherche à en avoir le coeur net, et découvre en fait une vérité tout autre : sa femme enquêtait sur des essais thérapeutiques illégaux menés sur des enfants au nord du Kenya. La teneur de ces essais ? Deux firmes, KDH et Three Bees, sont impliquées dans la lutte contre le VIH au Kenya. Elles fournissent des soins aux patients atteints, mais leur demandent par ailleurs de suivre un traitement parallèle : il s'agit en fait de leur administrer un médicament, le "dypraxa", fabriqué par KDH et testé par Three Bees, qui est en fait un traitement contre la tuberculose. KDH parie sur l'arrivée d'une épidémie de tuberculose à l'échelle mondiale, et teste son remède tout en sachant que la molécule n'est pas au point, et donc potentiellement dangereuse. Bien entendu, les populations ne sont pas au courant de la dangerosité de ce médicament, mais l'obtention de traitements contre le VIH est conditionnée par leur acceptation de prendre du dypraxa. A force d'enquêtes, Tessa Quayle et son ami le médecin découvrent le système, et rédigent un rapport pour alerter les autorités britanniques. Mais des intérêts nationaux étant en jeu - la plante à la base du dypraxa est cultivée en Grande Bretagne et permet l'emploi de 1.500 personnes - ces autorités enterrent le rapport et mettent la tête de l'activiste et de son collègue à prix.

Il est important de noter que cette histoire est inspirée de faits réels. Au milieu des années 90, le laboratoire Pfizer teste la trovafloxacine via la distribution du Trovan (un antibiotique qu'il vient de créer) à des enfants et nourrissons au Nigéria pendant une épidémie de rougeole et de méningite. Sur 200 enfants traités, 5 seraient morts et de nombreux autres atteints de lésion au cerveau ou de diverses paralysies. En 2001, suite à une enquête du Washington Post, le ministère de la santé Nigérian avait rédigé un rapport sur les essais pratiqués par Pfizer, rapport accusant le laboratoire d'avoir mené des essais illégaux d'une molécule non homologuée. La même année des familles nigérianes ont porté plainte contre le laboratoire, mais ce n'est qu'en 2006 que le rapport est rendu public et que le scandale apparaît au grand jour. Des plaintes ont par la suite été déposées par le gouvernement du Nigéria puis par les autorités de l'Etat de Kano, province dans laquelle ont eu lieu les essais.

Je ne saurai dire dans quelle mesure les liens entre le producteur du médicament, le distributeur en Afrique, et l'Etat britannique dans le film reflètent la réalité qui est celle de l'affaire Pfizer. Mais tout horrible qu'elle soit, l'histoire est dans The Constant Gardener traitée avec un tact rare et reste éloignée du navrant pathos auquel bien d'autres réalisations nous ont habitués. De là elle tire son incroyable force : l'injustice et le dégoût n'en sont que plus marqués, qui nous accompagnent d'un bout à l'autre de l'intrigue, savamment adoucis - et c'est là une prouesse du réalisateur - par la romance du couple Quayle, interprété à merveille par des acteurs jouant juste. A cela vient s'ajouter une réalisation bluffante dont les flash backs permettent une agréable alternance entre passages rythmés et plans larges sur les scènes quotidiennes et les paysages d'Afrique. La violence et l'inhumanité du sujet jamais ne se complaisent dans de larmoyantes scènes, mais s'expriment dans une poésie dont les suggestions en disent mille fois plus que la traditionnelle dose d'hémoglobine inhérente au genre.

En résumé, tout y est : de cruels faits réels révélés au grand jour par l'amour d'un homme désemparé par la perte de sa femme, le tout orchestré par une excellente réalisation dans un cadre magique. A voir !

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