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Iwawa VS Alcatraz

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Il est des débats qu’il est particulièrement difficile de trancher. On a beau les aborder sous tous les angles, tricoter une toile d’arguments pour mieux la détricoter ensuite, essayer de peser le pour ou le contre de chaque posture, rien n’y fait. Cet exercice est rendu encore plus périlleux quand il confronte deux visions du monde, deux organisations sociétales qui n’ont a priori rien à voir. Il est alors facile de brandir l’argument de la différence culturelle pour rejeter tout universalisme et justifier certaines pratiques au nom du relativisme. C’est le constat que j’avais fait en Bolivie quand, sur la Plaza 14 de Septiembre, des orateurs se livraient à d’infernales diatribes qui promettaient l’enfer à l’occident en réponse au capitalisme destructeur qu’ils imposaient au monde, et qui par ailleurs louaient l’action d’Evo Morales, leader charismatique mais ô combien autoritaire, martelant cette rengaine « no necesitamos libertad ; necesitamos dinero » (nous n’avons pas besoin de l...

Parenthèse hexagonale (bis)

Une fois n’est pas coutume, je troque mes habits d’expatrié en Afrique pour endosser ceux de Français concerné par la gestion des affaires dans son pays.  S’il n’en est rien officiellement, personne n’est dupe, et Nicolas Sarkozy a entamé la campagne qui – du moins lui l’espère, moi pas – devra le reconduire à son poste. Mais plutôt que de l’affirmer et de se griller auprès d’une opinion publique qui attend des actions plus que de la communication, il a chargé ses lieutenants d’aller tâter le terrain. Dernier en date à s’être livré à cet exercice : Laurent Wauquiez, avec sa désormais célèbre sortie sur l’assistanat, « cancer de la société » . Les thématiques de l’insécurité, de l’immigration et de l’identité nationale ayant été usées jusqu'à la corde, il fallait bien passer à autre chose. Ces propos d’un membre du gouvernement témoignent de la volonté de l’exécutif de trouver le nouveau joujou que Sarkozy pourra utiliser comme un véritable hochet pour divertir son électorat et sur...

Le Rwanda en 10 jours : récit

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Le dernier article posté sur ce blog annonçait la venue de ma môman accompagnée de son homme. Leur séjour ici a duré une dizaine de jours, pendant lesquels on a sillonné le Rwanda en long, en large et en travers. La petite taille du pays est en effet particulièrement propice à sa découverte, et se déplacer à droite à gauche est plutôt simple (ça l’aurait été encore plus si la voiture qu’on a louée avait été en parfait état, mais ça c’est une autre histoire). Récit de ce voyage qui nous a permis de découvrir les multiples facettes d’un pays qui a beaucoup à offrir. Etape 1 : Akagera (partie Est, frontière avec la Tanzanie) Etape 2 : Butare - Nyungwe (Sud Ouest du pays, frontière avec le Burundi au Sud et la RDC à l'Ouest) Etape 3 : Ruhengeri (au Nord, frontière avec l'Ouganda) Etape 4 : Gisenyi (lac Kivu, à l'Ouest, frontière avec la RDC) Etape 5 : Kigali (capitale, centre du pays) Pour ce qui est de l’étape 1, je ne vais pas la détailler : ...

Flight of the Conchords

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Avis aux amateurs de séries, fatigués des Desperate Housewives, How I met Your Mother, Lost et autres Gossip Girl (je me demande encore comment on peut aimer ce truc), voilà une nouveauté qui va vous redonner goût aux dimanches aprem, qui va détendre vos zygomatiques et surtout apporter un vent de fraîcheur au fichier « séries » de votre disque dur externe : Flight Of The Conchords. Cékeskecé ? J’aurais bien envie de vous en parler longtemps, de faire un beau discours qui achèverait de convaincre de rallumer leur poste ceux qui ont juré de l’éteindre depuis que Dawson n’est plus diffusé, mais je préfère faire court et vous donner le plaisir de découvrir ce chef d’œuvre par vous-même. Une petite introduction quand même : Flight of the Conchords est le nom d’un groupe de musique dans lequel jouent deux néo-zélandais incompétents, Bret et Jemaine, venus tenter leur chance aux Etats-Unis et managés par l’attaché culturel du consulat de Nouvelle-Zélande qui voit en un potentiel incroyable. ...

Parenthèse hexagonale

Les milliers de kilomètres qui me séparent de l’hexagone ne m’empêchent pas de garder un œil sur l’actualité française. La petite annonce de Borloo annonçant sa scission de l’UMP ainsi que celle du parti dont il est président, le parti radical, ne m’a donc pas échappé. Rama Yade a effectué la même annonce dans la foulée. Ensemble, nous disent-ils, ils souhaitent incarner l’aile centriste et humaniste de la majorité, ne se retrouvant plus dans les choix stratégiques du parti présidentiel, dont les radicaux sont pourtant co-fondateurs. Comment peut-on interpréter la manœuvre ? Au mieux, il s’agit d’une pathétique tentative pour se racheter une âme abandonnée dans un navire qui tanguait bien trop à droite. Au pire, le mouvement relève d’une stratégie politique visant à rallier l’électorat centriste dans le giron d’un Nicolas Sarkozy que la perspective d’une défaite aux présidentielles de 2012 semble commencer à faire réfléchir. Comme vous l’aurez compris, je suis plus que sceptique vi...

Il y a 17 ans...

Aujourd’hui (enfin hier puisque je publie cet article vendredi), le Rwanda commémorait un triste anniversaire, celui du début du génocide contre les Tutsi qui a ravagé le pays il y a 17 ans. D’habitude, la période de deuil est de 3 mois et la vie reprend son cours le 4 juillet, date à laquelle les massacres ont pris fin avec la victoire des troupes du Front Patriotique Rwandais de Paul Kagamé contre l’armée rwandaise. Quand je dis période de deuil, c’est un peu exagéré. Le pays n’est pas totalement amorphe ou inactif pendant 3 mois. Il s’agit juste d’une période pendant laquelle chacun se souvient de ses proches disparus pendant la tragédie, selon la date à laquelle la mort a eu lieu. Cette année, il a été décidé de concentrer les commémorations sur un seul mois et c’est traditionnellement la première semaine qui est la plus intense. On m’avait prévenu en me disant que la ville, affichant d’ordinaire un visage joyeux et vivant, s’éteignait pendant une semaine et devenait franchement dé...

Témoignages

« J’avais 12 ans lorsque le génocide a commencé. On savait qu’on était en danger. Nos noms étaient inscrits sur la liste des gens à tuer, et on avait déjà fait l’objet de persécutions : en 1992, des gens ont jeté une bombe dans notre maison ; fréquemment, des militaires entraient chez nous pour nous mettre à terre et nous battre. En avril 1994, quand les massacres ont débuté, on vivait à Butare. Le préfet de la région était Tutsi, et certains avaient bon espoir que les meurtres n’atteignent pas cette partie du Rwanda. Ca n’a malheureusement pas été le cas. On a donc décidé de fuir tout ça et d’aller se mettre à l’abri au Burundi. On se disait que quitte à se faire tuer, autant que ça soit en essayant de s’échapper plutôt que chez soi. On a rapidement mis nos bagages dans une voiture et on a mis cap au sud. Il a fallu que la famille se sépare, sinon on aurait éveillé les soupçons à voyager en trop grand nombre. Le problème c’est que circuler au Rwanda à cette époque, c’était pas facile....